Le film

 
Affiche du film

Frédérique Buck

 

Diplômée de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’ULB, de formation journaliste, conseil en communication et conceptrice-rédactrice depuis 2003, Frédérique a fondé en mai 2016 la campagne de sensibilisation média grand public « I’m not a refugee » dont elle a signé le concept, les interviews et les textes. Ce projet pensé pour rapprocher les résidents des réfugiés est finaliste du Prix de Médias Amnesty international Luxembourg 2016, double lauréat »Letzebuerger Buchpräis 2017”, “I’m not a refugee” a obtenu deux mentions du jury aux « Design Awards Luxembourg (editorial design & photo design) ainsi qu’une nomination aux « German Design Awards ». Mais surtout, il a permis à d’innombrables résidents de se connecter avec des personnes déplacées. www.iamnotarefugee.lu

Frédérique connaît bien les réalités du terrain tant pour ce qui est de l’accueil de migrants que de leur insertion sociale puisqu’elle a co-fondé en octobre 2016 l’initiative citoyenne OH Oppent Haus – Open Home qui recrute et accompagne des résidents luxembourgeois souhaitant accueillir une personne déplacée à leur domicile. Elle est aussi partenaire et co-fondatrice du restaurant d’inclusion sociale Chiche !

Elle est membre du groupe de coordination du Ronnen Desch www.ronnendesch.lu, plateforme d’échange multisectorielle sur l’accueil et l’intégration des personnes déplacées.

Grand H est son premier documentaire. « Le média film est nouveau pour moi mais ni la thématique ni l’approche narrative. Au fond, seul le médium change. Tous mes projets d’inclusion et de cohésion sociale constituent au-delà de leur principale mission, des narratifs parallèles sur la question migratoire. Si OH raconte l’histoire que l’intégration des nouveaux arrivants n’est pas que l’affaire du gouvernement mais aussi celle des citoyens et quelles belles histoires existent (66 personnes placées au 1.4.2018), Chiche! pose l’entrepreneuriat comme vecteur d’intégration et de cohésion sociale. Je crois beaucoup au pouvoir du narratif comme facteur de prise de conscience, comme agent du changement sociétal – pour tous les secteurs.

La question migratoire m’intéresse tout spécialement dans la mesure où elle est poly-thématique (politique, culture, cohésion sociale, économie, éducation, morale) et pose la question-pivot du début du 21e siècle en Europe: « Qui sommes-nous par rapport à l’autre? »

Retour vers les intervenants

Coordinatrice de projets chez Passerell, association qui agit pour créer du lien social entre les demandeurs d’asile et les citoyens et qui a créé une cellule de veille et d’action juridique en matière d’asile, Pink Paper.

Elle écoute quotidiennement des récits tragiques de personnes en fin de droit, perdues dans les méandres du règlement Dublin ou enlisées dans la demande de regroupement familial. Il s’agit d’entendre, d’être réaliste quitte à briser les espoirs de certains et venir en aide lorsque c’est utile.

www.passerell.lu/pink-paper

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Co-fondatrice de OH Open Home – Oppent Haus, elle a accueilli quatre jeunes Afghans à son domicile. Marianne, c’est LA championne de l’engagement, tant professionnel que personnel. Sans relâche et en toute modestie elle essaie par tous les moyens de réparer ce que le système abîme, elle encourage, elle motive, elle connecte. Elle n’en pense pas moins…

Comment vit-elle son quotidien aux côtés des migrants ?

www.facebook.com/oppenthaus/

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Mère de famille, citoyenne engagée via OH Open Home et ayant accueilli deux jeunes Afghans réfugiés dans sa famille.

Dolfie, c’est un tourbillon de spontanéité, de confiance en l’humanité. Son engagement est remarquable à plusieurs niveaux. Anecdote qui la caractérise bien : elle a downloadé une application sur son téléphone qui lui rappelle de rappeler à ses deux protégés de… prier !

Comment-a-telle géré le risque que ses protégés – qui sont comme ses fils – se voient refuser la protection internationale (rapatriement possible vers l’Afghanistan) ?

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Vétérinaire, citoyenne engagée ayant accueilli début 2017 à son domicile Salam Jabbar, un jeune Iraquien demandeur de protection internationale. Bienveillante, confiante, positive, Claudie ne se protège pas, elle donne.

Face au profond désarroi de Salam qui attend son statut depuis plus de deux ans, comment tient-elle? Comment conçoit-elle son rôle ? Se protège-t-elle par rapport à un éventuel refus de protection internationale ?

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Demandeur de protection internationale – Irak

Salam vient d’Irak et est en attente du statut de protection internationale depuis plus de deux ans. Il désespère de cette attente, sa vie est en suspens. Comme tant d’autres, il est perdu par rapport au système qu’il ne comprend pas.

Il a rencontré Claudie en 2016 lors d’une séance de jogging et a depuis emménagé chez elle. La complicité entre Claudie et Salam éclaire l’importance des liens entre personnes déplacées et résidents.

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Pour Martine Neyen, engagement personnel, citoyen et professionnel sont indissociables. Depuis 1995, elle lance ou coordonne des projets à impact social, avec une préférence de plus en plus marquée pour l’accompagnement individuel.

Entre décembre 2015 et avril 2017, Martine a été chargée de la coordination de l’appel à projets mateneen lancé par l’Oeuvre Nationale de Secours Grande –Duchesse Charlotte. 15 mio d’euros alloués à des projets d’inclusion et de cohésion sociale visant le rapprochement entre citoyens luxembourgeois et demandeurs/bénéficiaires de protection internationale.

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Chef de projet de Sportunity asbl, une association qui vise et forge l’intégration des personnes déplacées via le sport. DeeDee est une jeune femme à l’engagement exemplaire, vive et perspicace, indignée par ce qu’elle voit dans son travail journalier.

Elle éclaire la situation des demandeurs de protection internationale, notamment par rapport à la durée des procédures relatives au statut de réfugié, à l’interdiction de travailler, à la déshumanisation du système adminsitratif. Elle livre un plaidoyer vibrant sur le rôle et l’importance de la société civile.

www.sportunity.org

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Psychologue et bénévole auprès de Catch a Smile, association qui est active dans les camps de réfugiés aux frontières externes de L’UE, notamment en Grèce. Femme du terrain, Li connaît bien la situation des personnes coincées dans les camps en Grèce. Situation qu’elle décrit comme « désastreuse, déshumanisante ».

Li parle de son travail dans les camps, s’interroge sur la politique migratoire européenne. Son témoignage montre à quel point son expérience l’a marquée, changée. Elle laisse libre cours à sa désillusion.

www.catchasmile.org

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Artiste, réalisatrice et enseignante. Elle a étudié les sciences politiques, la philosophie et la littérature. Fille de réfugiés politiques polonais.

Elle a co-réalisé e.a. Mos Stellarium avec Pascal Piron, documentaire sur des adolescents réfugiés. Le travail artistique du duo tourne autour de la mémoire et des histoires particulières qui constituent l’Histoire. Elle enseigne le français, l’histoire et l’éducation aux images dans des classes d’accueil au Luxembourg, à de jeunes primo-arrivants et migrants (13- 18 ans) ainsi que l’analyse de films à l’Université Paul Verlaine à Metz.

Elle entend beaucoup d’histoires d’enfants et et jeunes adultes traumatisés et tente à titre personnel et citoyen de les soutenir.

www.markiewicz-piron.com

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Dr Paul Hentgen, psychiatre. Indigné par ce qu’il voit quotidiennement sur le terrain clinique, il est l’auteur d’une lettre intitulée « Quid du droit moral à l’asile » parue dans la tribune libre du Wort en décembre 2017. Il défend la position que si la politique migratoire et l’éthique humaniste sont situées dans un conflit ultimement inconciliable, il ne faut pas céder sur la question de l’humanisation de ladite politique migratoire et ne pas se résigner lors de l’accompagnement des personnes déplacées en quête de protection et d’hospitalité.

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Chef d’entreprise ayant accueilli plusieurs jeunes réfugiés en tant qu’apprentis. Lors de l’arrivée massive de réfugiés de 2015, Michel, comme tant de citoyens européens, a souhaité s’engager. Il évoque le sentiment d’impuissance des réfugiés par rapport à un système adminsitratif qui les dépasse et aussi le fait que leur mise à l’emploi est un parcours du combattant pour l’employeur.

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Frank Wies est avocat au Barreau de Luxembourg depuis 1999, spécialiste reconnu en droit d’asile. À côté de ses activités professionnelles, il s’engage pour la promotion et la défense des droits de l’Homme au sein Amnesty International Luxembourg, qu’il a présidé de 2005 à 2012, et du Lëtzebuerger Flüchtlingsrot.

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Abdu Gnaba est Docteur en Anthropologie et en Sociologie comparative. Il dirige l’institut d’Etudes SocioLab et enseigne à l’Université de Strasbourg. Spécialiste des identités culturelles, Abdu Gnaba ausculte notre société comme il a ausculté la société vietnamienne ou tibétaine. Son credo: l’homme n’est rien d’autre qu’un lien, et c’est dans les interactions qu’il tisse son identité. Dans Grand H, il pose son regard sur l’engagement citoyen.

www.sociolab.com

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Laurence Bervard, journaliste et co-fondatrice du nouveau magazine en ligne REPORTER. Laurence a remporté l’ « Amnesty Mediepräiss 2017» pour un article sur la thématique de l’accueil des personnes déplacées au Luxembourg intitulé « Flüchtlinge in Luxemburg: Was klappt, was klappt nicht ? » publié dans le « Luxemburger Wort ». Elle livre son regard de journaliste sur la politique d’accueil des demandeurs de protection au Luxembourg et témoigne de l’importance et de la difficulté de rester objectif en tant que journaliste. Laurence a publié toute une série d’articles sur l’accueil et le traitement des réfugiés au Luxembourg. Nonobstant, elle critique le manque d’attention généralisé des médias luxembourgeois face à la dimension nationale de la crise des réfugiés.

www.reporter.lu

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Ministre des Affaires Etrangères, de l’Asile et de l’Immigration. L’homme politique est depuis le début de la crise migratoire un des rares à conserver une approche humaniste dans les questions migratoires européennes, souvent envers et contre tous. Il y a chez Jean Asselborn une dualité très intéressante, entre d’une part sa fonction, les responsabilités qui en découlent et d’autre part, son humanisme qui transparaît ponctuellement, dans la limite de ses fonctions. L’homme est souvent tiraillé entre sa fonction, ses responsabilités et sa conscience, son humanisme. Trop humain pour les uns, pas assez pour les autres, Jean Asselborn a laissé des plumes depuis 2015.

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À L’origine

A l’origine de Grand H, il y a la lettre ouverte « Quid du droit moral à l’asile » du Dr Paul Hentgen, publiée dans un quotidien luxembourgeois fin décembre 2017. Dans cette lettre, Paul Hentgen réagit à vif au refus de protection internationale d’une famille des Balkans. Des parents et des enfants qu’il connaît bien puisqu’il les a accompagnés en tant que praticien durant des mois. Indigné, face à leur retour forcé vers leur pays d’origine, face à leur panique et à leur déchirement, il pose LA question que nous sommes nombreux à nous poser : Quid du droit moral à l’asile? De manière intéressante, fascinante même, il ne rejette pourtant pas l’Etat de Droit, le défend même.

A mon sens, cette lettre est symptomatique de la fracture grandissante qui s’installe depuis 2015 entre la société civile engagée dans la cause des réfugiés et les gouvernements des pays membres européens en matière d‘accueil et d’intégration des personnes déplacées. Une fracture importante, puisque, si la politique d’asile européenne est lourde à porter pour les migrants, elle pousse aussi les citoyens européens engagés dans leurs retranchements. Les conséquences – qui peuvent aller de la perte de confiance des citoyens dans les institutions (« Le grand gâchis« , Lettre publiée le 14 février 2018 sur la page Facebook de WISE), à la désobéissance citoyenne en passant par le désespoir et le découragement – me touchent, m’interpellent beaucoup. C’est un sujet dont on ne parle jamais.

2018 : le désenchantement

La lettre du Dr Hentgen s’inscrit aussi, deux ans après ce que l’on appelle communément « la crise des réfugiés de 2015 » dans un contexte européen désenchanté. Début 2018, les états-membres ploient sous les replis identitaires, les partis populistes d’extrême droite montent en puissance, la politique migratoire européenne en matière de redistribution des réfugiés est un échec (même les politiques le concèdent), la forteresse européenne s’installe s’appuyant de plus en plus sur des accords d’externalisation avec des partenaires douteux, les noyades en Méditerranée continuent, le fossé entre les bons migrants (les réfugiés politiques) et les “mauvais” migrants (les réfugiés économiques) se creuse avec pour conséquence des milliers d’errants, les délits de solidarité de citoyens envers les migrants “illégaux” sont sévèrement réprimandés, partout en Europe des milliers de migrants “dublinés” errent d’un pays à l’autre, perdus. Le constat début 2018 est sombre. Bien sûr, plus d’un million de réfugiés ont été protégés. Mais dans quelles conditions? Et les perdants? Pourquoi ne parle-t-on jamais des dommages collatéraux de la politique migratoire?

Un système d’asile kafkaesque

La lettre du Dr Hentgen pointe bien la violence insidieuse inhérente tant à la gestion des flux migratoires qu’à l’accueil des migrants. C’est un univers kafkaesque fait d’empreintes digitales, de numéros de dossiers, de procédures administratives et légales, de lois qui souvent dépassent et même brisent les individus concernés. Partout en Europe, la société civile colmate, panse, répare, soutient et ré-humanise le système sans relâche. Rappelons au passage que le mot Willkommenskultur était le mot de l’année 2015 en Autriche. Mais qui sont ces personnes qui souvent mettent leur vie momentanément en suspens pour soutenir les nouveaux arrivants?

Qui sont ces citoyens qui au delà des chiffres et des numéros de dossiers, voient des êtres humains ? C’est précisément lorsque deux êtres humains se retrouvent face à face que la question de l’humanité se pose.

Par exemple, si les situations de vie en Albanie ou au Sénégal ne sont pas comparables à celle d’Erythrée par exemple, je vous assure que le jour où vous rencontrerez une mère Albanaise terrorisée à l’idée de devoir rentrer dans son pays d’origine auprès de son mari violent, ce jour-là vous jetterez tous vos principes, votre raison par la fenêtre et vous n’aurez qu’une idée en tête: trouver une solution pour la faire rester. Et en cas d’échec, vous serez anéanti. Pareille incompréhension du système lorsque vous serez en face d’un jeune Afghan “dubliné” qui sera retourné de force vers la Norvège, l’Allemagne ou n’importe quel autre pays d’Europe. Vous voudrez comme moi, comme nous, le protéger. Le système, sec et aveugle, vous en empêchera. Et je vous assure que vos certitudes vacilleront.

Un conflit inconciliable

Cette lettre, coup de gueule humain et franc, m’a profondément remuée. Car si ce genre de lettres sont généralement signées par des citoyens révoltés, il est rare que des professionnels se livrent à de tels cris d’indignation. Tiens, les scientifiques seraient-ils donc aussi déchirés entre le « Nous ne pouvons pas prendre la misère du monde » et « Chaque être humain, et à fortiori, chaque enfant, n’a t’il pas droit à un meilleur avenir ? » ? Je me suis retrouvée dans ce doute, cette césure permanente et quotidienne entre le coeur et la raison, entre l’humanité et le système. Plus tard, lors de notre interview, le Dr Hentgen me parlera à ce sujet de conflit inconciliable. Peu rassurant, mais au moins c’est clair.

Grand H : un dialogue fictif pour un nouveau récit

Grand H est né en 3 jours, autour du 2 janvier 2018. Comme je n’y comprenais plus rien, je pris la décision que j’allais interroger les gens autour de moi. Pour voir comment eux ils font au jour le jour, dans leur tête et dans leurs coeurs. Toutes sortes de personnes. Des personnes que j’admire. Des rocs de persévérance, des monuments de bienveillance, des amazones douées, perspicaces et combatives, des mères de famille au grand coeur, des juristes rationnels et pragmatiques et aussi le Ministre responsable …. L’idée c’était de rassembler toutes sortes de types discours et de les articuler ensuite en une histoire qui se tienne. Mon but : créer un dialogue certes un brin surréaliste qui, même s’il n’aurait jamais lieu dans la vraie vie (quoique nos tables rondes arrangeront cela), contienne toutes sortes de réflexions. Je pensais que ces témoignages, mis bout à bout pourraient contenir un nouveau récit.

Et c’est ce que j’ai fait. Ce que nous avons fait puisque ce film s’est fait collectivement avec le support d’innombrables personnes.

Nous avons avec une énergie décuplée levé 6.200 euros en 5 semaines via une campagne de crowdfunding (tout juste assez pour payer le caméraman et le monteur) et tourné les interviews durant 3 jours entiers, fin janvier. Jusqu’à 5 interviews à la file. Les interviews furent intenses. Je suis émue à chaque fois en les écoutant. Je me dis que jamais auparavant je n’avais entendu de tels témoignages et aussi qu’il y des gens vraiment brillants, épatants, forts et libres. Et aussi en colère. A juste titre. Mais pas résignés.

Dans cette histoire, chacun a son rôle

Je n’ai toujours pas de réponse à LA question mais je sais qu’on est plusieurs et qu’il est important qu’on continue à se la poser. Oui, nous sommes dans un État de droit et nous avons besoin d’un système basé sur des critères, c’est évident. Fait est qu’il est dans bien des cas déshumanisant et qu’il faut en parler, lancer les discussions, le ré-humaniser au possible. Je suis consciente que c’est une attitude qu’on peut qualifier de « facile ». En tant que citoyenne je l’assume et la défends. Le Ministre des Affaires Etrangères peine à comprendre mon point de vue. Normal. Mais il joue le jeu et on discute. Dans cette histoire, chacun a son rôle. C’est aussi ça la raison d’être de Grand H : présenter les différents rôles et discours, les articuler en un film choral, polyphonique.

Frédérique Buck, auteur-réalisateur